Encore une différence de traitement envers les femmes politiques. Ce matin un chroniqueur d'Europe 1 s'étonnait de la représentation de la France aux obsèques de Margaret Thatcher la semaine dernière. Outre que les positions politiques de la France sont loin de ce que symbolise l'ancienne Première ministre britannique, contestée déjà par une grande partie des citoyens du Royaume-Uni, on reproche à F. Hollande de n'avoir pas envoyé un ministre en exercice ou une personnalité de rang suffisant.
C'est le député Christian Jacob qui a dénoncé le premier la présence à Londres d'une
simple parlementaire. (Drôle de qualificatif pour ce qu'il est lui-même !...)
Pensez-donc, c'était une femme (mais ça personne n'a quand même osé le dire ; et puis c'était les obsèques d'une
femme). Une femme de gauche. Quelle femme ?
Élisabeth Guigou n'est
"que" ancienne ministre, ex- première femme Garde des sceaux. À droite d'habitude, on se garde pourtant bien d'oublier un tel titre, selon l'adage "ministre un jour, ministre toujours" . Et comme députée, pas si
simple que ça, elle est tout de même Présidente de la Commission des Affaires étrangères - bien sûr c'est banal depuis que des femmes ont enfin accédé à cette fonction... C'est sûrement dur à digérer pour un
simple Jacob.
Enfin et surtout, É. Guigou était bien choisie : elle connaît l'Histoire ; toute jeune il y a 30 ans, conseillère à l'Élysée, elle était au côté de François Mitterrand et a bien connu Thatcher. Ce qui nous vaut ce délicieux récit, que peu d'hommes auraient pu faire :
Un député de droite a choisi cette cible à gauche car il a fort à faire chez lui à droite, avec des femmes même pas
parlementaires, et surtout pas
simples... Mesdames Barjot et Boutin à défaut d'être députées, et fort peu représentatives de la majorité, en appellent au Peuple de France, et entraînent les élus UMP, UDI, bleu Marine - tout mélangé à droite jusqu'à l'extrême.
Une autre femme, que certains traiteraient bien en victime (mais ce n'est pas son genre), est en première ligne malgré elle :
Caroline Fourest est journaliste et essayiste. Sa spécialité est de travailler sur l'extrême-droite, ce qui est bien d'actualité. Désormais, sur le terrain elle est la cible des
voyous. Mais toujours pour son métier, elle est consultée et participante de
débats dans les médias. Sur cette ligne de crête qu'est aussi un engagement, elle garde la même rigueur professionnelle qui lui permet de rappeler les règles du jeu. Courage toujours, Caroline !
Mais comment demander le respect de la Loi, des institutions, des responsables élus du Peuple, lorsque l'intermédiaire citoyen qu'est le journaliste se comporte sans aucun respect ?
Depuis 1981 déjà, le comportement des élus majoritaires de gauche allait naturellement vers plus de simplicité : on a commencé d'interviewer "Pierre Mauroy" plutôt que "Monsieur le Premier ministre" sans qu'il s'en offusque (peut-être même l'avait-il demandé ?). Quand Elkabbach s'adresse à "Manuel Valls" et ne lui donne du "Monsieur le ministre de l'Intérieur" que sur un ton ironique ou narquois, lorsqu'il parle plus fort que son interlocuteur pour empêcher d'entendre la réponse, il sape lui-même délibérément l'autorité de l'État à laquelle il prétend faire appel. À quoi s'ajoutent avec condescendance ses
"oui, oui" et
"d'accord...". Il oublie que les citoyens risquent de prendre son comportement comme un exemple à suivre.
Plus grave, le même journaliste ose poser la question
"vos députés ont-ils la légitimité (...) quand la rue gronde ainsi ?".
Lui-même sait bien qu'un député, élu il y a dix mois, a la légitimité. Il induit donc que l'auditeur-citoyen peut douter de cette légitimité ; son rôle est pourtant d'informer qu'un Élu de la Nation est légitime. Et que ce n'est pas la rue qui impose sa volonté en démocratie.
Dans ce domaine de l'information, Manuel Valls est bien fondé à s'indigner d'expressions que les journalistes ont rapportées sans les contester, ni les replacer dans un contexte historique : des manifestants avaient dénoncé la police qui avait
"gazé des enfants", une ex-ministre opportunément allongée au sol s'était dite
"gazée" ! Les souvenirs de l'Histoire du XXe siècle rendent indécente une telle évocation, rapportée à un atomiseur lacrymogène !
Et voilà comment le déni arrive au point qu'un Député (
Guaino, ancien chantre de la République et discoureur de Président) appelle franchement à la sédition :
"Je souhaite que les Français descendent dans la rue jusqu'à ce que ce
que le président cède. Le message est très simple "Monsieur le président
de la République, changez de politique, changez d'attitude (...), ou
bien partez avant qu'il ne soit trop tard".
C'est ce que Valls nomme justement un
"factieux".
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